Au Hasard

Romain : Du Havre à Mumbai en cargo

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J’ai toujours rêvé de parcourir le monde en bateau. Peut-être un vieux désir d’imiter l’homme à la houppette orange qui a accompagné mon enfance. Ou peut-être simplement l’envie de se couper du monde temporairement, de vivre au ralenti, au rythme des marrées.

Décidé à réaliser ce rêve d’enfance, me voilà au port du Havre (France), prêt à embarquer pour un voyage en mer d’un peu moins d’un mois jusqu’à Mumbai (Inde) à bord d’un immense porte-conteneurs. Cabine au dernier étage, lit double, WC privés, et vue à 180° sur le pont. On est bien loin du cliché que j’avais en tête : celui d’étendre mon hamac dans les cales du bateau en échange d’un peu de plonge la journée. Repas servis matins, midis et soirs, vin de table, n’ayons pas peur des mots : c’est du luxe !

Un Voyage en soi

Le voyage en cargo, c’est bel et bien une forme de Voyage : c’est une croisière très particulière. Une croisière où l’on est le seul « touriste » à bord, mais où l’on vit avec les marins. Repas avec l’équipage, basket-ball sur le pont, possibilité de filer un coup de main au cuisinier, au capitaine, accès à la salle des machines : le bateau devient ta maison le temps du voyage. Mais pas n’importe quelle maison, de nombreuses règles sont à respecter à bord. Il faut avant tout s’adapter aux horaires et aux habitudes de ce monde très hiérarchisé. Les heures de repas sont fixées à l’avance et ont lieu dans le réfectoire où chacun a sa place désignée. Gare à toi si tu prends la place du capitaine ! Le capitaine, c’est le pacha, c’est lui le patron à bord, et c’est lui qui donne le ton. Sur les bateaux français, l’alcool est interdit, mais en pratique, c’est le capitaine qui choisit si le voyage sera sec ou pas. Certains capitaines organiseront des barbecues sur le pont le dimanche, d’autres ne toléreront pas une goutte d’alcool à bord.

Le bateau est une véritable usine mobile : électriciens, ingénieurs, techniciens et cuisiniers travaillent sans répit, certains de nuit. Le travail ne manque pas à bord; bien sûr faire avancer le bateau constitue déjà une prouesse technique, mais il faut également assurer la gestion des conteneurs : certains sont réfrigérés, d’autres doivent être prêts pour être débarqués à la prochaine escale.

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La réalité du monde marin

La réalité du monde marin, c’est des mois de voyage entre hommes sans voir sa famille. Solitude, parfois même désespoir pour certains. C’est un univers difficile qui laisse songeur, les hommes à bords sont contents d’avoir un compagnon pour discuter. Très vite on se débarrasse de l’idée d’être de trop et on se retrouve à se promener à bord du bateau, à poser des questions. On y découvre rapidement des vies extraordinaires, puis les histoires à couper le souffle de certains membres de l’équipage… Un exemple ? Leur confrontation aux pirates des temps modernes.

A ce sujet deux moments ont particulièrement marqué ce voyage. Le premier, c’est la traversée du Canal de Suez. Véritable autoroute maritime qui débouche sur la Mer Rouge suivie du Golfe d’Aden, au large de la Somalie. C’est un endroit risqué où naviguent de nombreux pirates lourdement armés, prêts à monter à bord d’un cargo chargé de marchandises. Interdiction de sortir de ma cabine, barbelés et lances d’incendies installées tout autour du bateau, vitesse maximale et invisibles aux radars, je réalise doucement que le risque est là.

Se couper du monde

Ces trois jours ont mis un peu d’adrénaline dans mon quotidien si tranquille, si calme, si paisible. Le deuxième moment marquant, c’est justement la quiétude du soir sur le bateau. Le temps s’arrête, mais le bateau continue de naviguer vers sa prochaine escale. En regardant la mer à travers mon hublot, un sentiment très particulier m’envahit. La limite avec le ciel est de plus en plus floue, je me sens minuscule, perdu dans cet océan, et contemple l’immensité autour de moi.

Voyager en cargo, c’est une coupure temporaire avec le monde, c’est un moment pour soi, idéal pour réfléchir, lire, se retrouver. À l’abri des ondes, sans accès au Wi-fi ou au réseau cellulaire. Vous serez face à la mer et avec vous-mêmes.

« De nombreuses compagnies maritimes permettent à quelques passagers de monter à bord. Parmi elles, j’ai choisi la CMA CGM. Prévoyez votre voyage de nombreux mois à l’avance car il y a beaucoup de demande pour peu de places. Tous les itinéraires et toutes les durées sont possibles.
N’oubliez-pas qu’il s’agit d’une forme de croisière…et qui dit croisière dit budget ! Prévoyez une centaine d’euros par jour par personne. »

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