Au Hasard

Servane : « J’ai attendu 25 ans avant de prendre mon tout premier billet d’avion »

Par Servane, 25 ans, Etudiante en Droit.

J‘ai donc dû attendre mes 25 ans pour prendre mon premier billet d’avion (triste, mais véridique !) et boucler mon premier sac à dos, en Croatie. On m’avait dit : « tu verras, ton sac sera plein de on-ne-sait-jamais : le marcheur porte le poids de ses angoisses ». Que nenni ! 13 kilos à la pesée avec tente, sac de couchage et tout le bardas. Prends ça l’angoissée ! (Après réflexion, c’était franchement light).

Et là, décollage. Quelle sensation ! Mes deux amies avaient eu la gentillesse de me céder le hublot et regardaient mon émerveillement avec un mélange d’amusement et de nostalgie. Et pourtant…tant de visages blasés autour de nous ! Un rapide regard hors de la carlingue pour s’assurer que le plancher des vaches était toujours là et retour aux choses sérieuses. A peine un sourire tandis que nous passons les alpes et que je m’émerveille devant la vue. Je me souviens encore de chaque mont, chaque lac, chaque village que nous avons survolés et je souhaite encore de toutes mes forces ne jamais voir l’avion comme un simple moyen de transport .

r_servane-2

Le récit détaillé de ces deux semaines croates manquerait franchement d’originalité pour les plus baroudeurs, mais a marqué la néo-voyageuse que je suis. Nous avons pris de plein fouet le cagnard qui règne à Zagreb, la capitale, en sortant sur le tarmac. Pour une picarde, fallait s’y faire !
Si l’auberge valait le détour, la ville n’avait pas grand attrait de prime abord. Le déclic est venu plus tard : ce moment où je n’ai pu que souffler : « enfin, j’y suis. » Il était à peu près 4h30 du matin. Comme il est de coutume là-bas, nous faisions route en bus en direction de Split (ville côtière) depuis minuit. Les habitués reconnaîtront là l’atmosphère de torpeur et de clim’ mal réglée des bus de nuit. La tête endormie de mon amie pesait sur mon épaule tandis que je me faisais violence pour m’extirper des bras de Morphée : le jour et moi avions rendez vous et j’avais une question très importante à lui poser : se lève t-il de la même façon en France et en Croatie ? De plus, je devais récupérer tout ce que la nuit m’avait volé. Alors j’ai attendu. Lentement, doucement, les rayons de l’aube ont taillé les premiers reliefs et sorti les montagnes de la pénombre.

J’assistais à la naissance d’un monde et à la révolution du mien.

J’ai toujours aimé la magie de cet instant de la journée, mais là, à moitié réveillée comme je l’étais, j’avais la sensation d’être plongée en plein milieu d’un rêve. Le paysage qui se révélait était découpé d’ombre et de lumière dans une atmosphère mystique , comme si tout autour de moi était en deux dimensions. Des montagne dures et sèches apparaissaient dans une lumière toujours plus blanche, toujours plus crue. La végétation, du moins ce que j’en voyais, était à l’image de sa gardienne : rêche et indomptable. Brusquement, avec la violence d’un éclair, le soleil s’est invité à la partie. Fins et puissant, ses rayons roses ont étêté les monts, taillés les roches, fendu la terre. J’assistais à la naissance d’un monde et à la révolution du mien. Je dois vous l’avouer, cette beauté impérieuse, violente, presque douloureuse m’arracha une larme. Enfin, j’y étais.

Je n’ai réveillé personne ce matin là. Je crois que j’avais peur que mon émerveillement ne soit pas partagé, ou que le simple fait de l’exprimer ne fasse éclater l’instant. Mais la raison la plus probable, et je m’en rends compte maintenant, c’est que ce moment était la première pierre de ma route, une pierre rose et sauvage comme cette montagne croate à 4h30 du matin.

Aujourd’hui, toujours néo-voyageuse révélée, j’ai des projets plein la tête et des montagnes roses plein les yeux. Et quand mon audace m’effraye, je me répète une phrase de Mike Horn qui est une prière de tous les instants : « si tes rêves ne te font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands ».

Vous désirez partager tout ou partie de votre aventure ? Participez à cette rubrique en nous en écrivant à cette adresse !

Commentaires

Commentaire(s)

Abonnez-vous pour faire le pleins d'infos Voyage !


(Vous détestez les spams ? Ça tombe bien nous aussi.)