Au Hasard

Comment la Génération Y bouleverse la façon de voyager

« Durant l’été 2011, à 21 ans, j’ai tout quitté pour partir traverser l’Asie par les terres. J’ai pris des trains qui n’étaient plus supposés rouler, j’ai vu quelques-uns des plus beaux paysages qui existent, j’ai marché 3h avec 2L d’eau pour atteindre le point le plus chaud du monde en Iran, j’ai passé des heures à l’arrière de camions filant vers l’est, j’ai découvert des saveurs dont je ne connaissais même pas l’existence.
Et tout autant que j’ai appris des centaines voire des milliers de choses en Voyage, j’ai rencontré des dizaines de baroudeurs de mon âge voyageant tout comme moi. »

La génération Y, définie comme la génération du millénaire, soit principalement les 18-35 ans, est celle qui a le plus parcouru la planète. Bien plus que ses prédécesseurs.
Les Nations-Unies l’estime désormais à 200 millions de voyageurs.

Non seulement celle-ci prend un malin plaisir à redéfinir la notion même de Voyage international, mais elle cherche en plus à donner un sens fort à cette expérience. Fini les vacances « soleil, mer et plage » ? Ce n’est pas tout à fait ça mais presque. Selon une étude de la WYSE, confédération étudiante représentant 36000 personnes de plus de 135 pays, les « Y » passent moins de temps à se prélasser dans les grandes villes ou sur la côte, et bien plus à explorer les terres. La longueur même des séjours a changé, passant d’une dizaine de jours pour leurs ainés à quasiment un mois par an en moyenne.

La vrai question est : pourquoi ?

D’aucun vous parleront du boum des médias sociaux et de la fenêtre ouverte sur l’étranger, des vidéos de road-trip qui font rêver l’étudiant comme le jeune travailleur. Cette raison tient la route, mais ne définie pas la volonté même de partir.

Il faut dire que la génération Y aura vécu des bouleversements massifs : une société en constante évolution, un monde en crise, et une foi dans le mode de vie occidental qui s’effrite. On ne pense plus sécurité, on ne pense plus premier achat d’appartement ou de maison. Ce n’est pas que l’avenir leur semble plus sombre, mais c’est que ce dernier rend tout projet sur le long terme incertain. Travailler pour une grande entreprise ne fait plus rêver ou ne garanti plus d’accomplissement personnel, et beaucoup ont la sensation qu’ils atteindront de toute façon un plafond de verre dans leur vie professionnelle. Ce projet n’attire plus autant que ce fut le cas pour leur parents.

Les Y ont ainsi mis en avant le concept d’équilibre entre travail et vie privée. L’argent n’est plus une motivation à part entière, mais un moyen d’atteindre cet équilibre personnel. Leur identité passe ainsi d’autant plus par une recherche de sens, et le voyage en est une des traductions. Tout cela pourrait se détourer en une phrase : la flexibilité dans ses choix et ses envies.

« Quand on regarde le monde corporatif tel qu’il est aujourd’hui, on ne peux s’empêcher d’être méfiant et de caricaturer, peut-être pour se rassurer, » explique Adrien, disposant d’un master en management et actuellement en PVT au Canada. « L’image de l’individu louant les meilleures années de sa vie pour un travail qui ne le satisfait pas totalement, le tout en vue de réunir un peu de gains pour sa retraite, nous semble peu attirante. Nous ne sommes pas des fainéants, nous voulons simplement profiter des meilleures années de notre vie tout en exerçant une activité qui nous donne vraiment du plaisir, » explique-t-il.

Le Voyage devient alors une opportunité de faire des pauses et de laisser mûrir ses choix quant à l’avenir. Il est pour beaucoup l’occasion de réfléchir aux priorités et à comment les associer à son quotidien. Nous les Y, comprenons que passer ses 20 ans à parcourir le monde trop longtemps peut être considéré comme irresponsable et qu’il faut parfois y poser des limites. Mais nous trouvons tout aussi irrationnel de travailler dans des métiers « classiques » qui nous ennuient, simplement pour se sentir légitime. Puis si les finances peuvent suivre, alors pourquoi ne pas profiter de ce privilège ?

Le voyage comme moyen de se former ?

La résistance aux envies particulières de cette génération se traduit notamment au niveau familiale. Ce désir est souvent compris comme une prise de bon temps qui ne fera que ralentir l’accès à une bonne carrière, voire qui mettra le voyageur en question dans une situation délicate de retard vis-à-vis de ses pairs. Pourtant, plus que de fuir le monde du travail, beaucoup y voient une opportunité de le réinventer.

Le même rapport de la WYSE amène une réflexion intéressante sur le sujet : 1/4 des sondés affirment que le Voyage est ou a été pour eux l’opportunité de connaitre une nouvelle langue, d’étudier ou d’améliorer leurs compétences professionnelles. Au niveau pro, cela s’est traduit pour une majorité d’entre eux par un avantage compétitif et une capacité d’adaptation toute particulière. Nombreux sont ces jeunes voyageurs qui affirment de même que leurs Voyages ont été un déclencheur dans le choix de leur activité.

Une recherche d’authenticité

Vous l’aurez compris, les Y ne sont pas de grands fans d’agences de Voyage. La famille et les amis comptent pour beaucoup dans leur choix de destination et leur envie de partir loin se traduit de plus en plus par un retour aux sources et la découverte d’une culture locale. Si, selon Expedia, une majorité s’oriente vers l’Europe ou l’Amérique du Nord, la plupart d’entre eux désirent voyager simplement et sont plus friands du système auberge de Jeunesse ou des locations type Airbnb que des hôtels.

« J’ai la sensation d’avoir toujours vécu dans un certain confort. Je ne peux que remercier mes parents de m’avoir offert cette possibilité de grandir dans un environnement où rien ne manquait » nous affirme Thomas, 26 ans, de retour de 3 semaines entre Laos et Cambodge. « Néanmoins je ressens assez régulièrement ce besoin de sortir de mon mode de vie et de vivre des moments plus difficiles, de sentir les impacts de mes choix au quotidien, mais aussi de me rendre compte de la chance que j’ai au retour. »

La génération du millénaire est une population pleine d’idéaux. Elle grandira et amènera avec elle la démocratisation de ses idées. Que l’on y voit un espoir pour l’avenir ou la résurgence de hippies 2.0, nul doute que celle-ci apportera son lot de changements. À méditer ?

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