Au Hasard

Ben Saunders : « Après tout, pourquoi s’embêter à partir ? »

Ben Saunders pourquoi Voyager

Connu pour sa remontée à ski du Pôle Nord et son aller-retour à pied vers le Pôle Sud, Ben Saunders nous livre un témoignage fort sur le sens donné à l’exploration, et par extension, aux Voyages. (Conférence TED)

Je gagne ma vie en gros en tirant des traineaux, donc il n’en faut pas beaucoup pour me déconcerter intellectuellement. Je vais tout de même vous lire cette question qui m’a été posée lors d’une interview l’an dernier : « D’un point de vue philosophique, l’apport constant d’informations nous spolie-t-il notre capacité à imaginer ou remplace-t-il notre rêve d’accomplissement ? Après tout, si quelque part quelqu’un fait quelque chose et que nous avons la possibilité d’y participer virtuellement, alors pourquoi nous donner la peine de sortir de chez nous ? […]

La vraie inspiration et l’évolution ne viennent que de l’adversité et du challenge, du fait de quitter son confort et ses habitudes pour plonger dans l’inconnu.

Partir ? Mais pourquoi ?

La réponse la plus succincte à la question « pourquoi » qui m’a hanté ces douze dernières années a certainement été lancée par ce type, George Lee Mallory. Nombre d’entre vous doivent connaître son nom. En 1924, il a été aperçu pour la dernière fois disparaissant dans les nuages, près du sommet du Mont Everest. Il est peut-être le premier à avoir gravi l’Everest, ou pas, plus de 30 ans avant Edmund Hillary. Personne ne sait s’il est arrivé au sommet. Il existe vraiment peu de preuves qui le suggèrent, mais ce qu’il a vraiment dit est en fait bien plus beau, et je l’ai imprimé. Je vais vous le lire :

« La première question que vous allez poser et à laquelle je tâcherai de répondre est la suivante : A quoi sert de gravir le Mont Everest ? Et je dois vous répondre spontanément, ça ne sert à rien. Parce qu’il n’y a pas le moindre espoir d’un gain quelconque. Nous pouvons en apprendre un peu sur le comportement du corps humain à haute altitude, et les médecins pourrait partir de ces observations pour servir les besoins de l’aviation, mais à part de ça, il n’en sortira rien. Nous n’en rapporterons pas la moindre pépite d’or ou d’argent, ni une gemme, ni charbon ni fer. Nous ne découvrirons pas la moindre parcelle de terre fertile qui puisse abriter des cultures. Ça n’a donc aucune utilité. Si vous ne comprenez pas qu’il y a en l’homme quelque chose qui répond au défi de cette montagne et qui le pousse à le relever, que cette lutte est la lutte pour la vie elle-même, pour aller encore et toujours plus haut, alors vous ne verrez pas pourquoi nous y allons. Ce que nous retirons de cette aventure n’est que de la joie pure, et la joie, après tout, c’est le but de la vie. Nous ne vivons pas pour manger et gagner de l’argent. Nous mangeons et nous gagnons de l’argent afin de pouvoir profiter de la vie. C’est le sens de la vie et c’est pourquoi la vie existe. »

Si vous ne comprenez pas qu’il y a en l’homme quelque chose qui répond au défi de cette montagne […], alors vous ne verrez pas pourquoi nous y allons.

Nous avons tous des tempêtes à affronter

Un des effets magiques de mon Voyage était de marcher sur la mer, sur cette croûte de glace qui flottait, dérivait, changeait, qui flotte à la surface de l’Océan Arctique, c’est un environnement qui fluctue constamment. La glace bouge sans cesse, se brise, dérive, gèle à nouveau ce qui fait que le paysage que j’ai vu pendant près de 3 mois était unique à mes yeux. Personne d’autre ne verra, ne pourra jamais voir les vues et les perspectives que j’ai découvertes pendant 10 semaines. A mon sens, c’est sans doute le meilleur argument pour sortir de chez soi.

Nos vies d’aujourd’hui sont plus confortables et plus sûres que jamais. La voie de l’explorateur n’attire plus beaucoup de nos jours. Mon conseiller d’orientation à l’école ne l’a jamais évoqué comme un choix possible. Par exemple, si je voulais savoir combien d’étoiles composent la Voie Lactée, quel âge ont ces têtes géantes sur l’île de Pâques, la plupart d’entre vous pourrait le trouver immédiatement sans même se lever de sa chaise. Pourtant, s’il y a une chose que j’ai apprise en 12 ans passés à trainer de lourdes charges sur des espaces gelés, c’est que la vraie inspiration et l’évolution ne viennent que de l’adversité et du challenge, du fait de quitter son confort et ses habitudes pour plonger dans l’inconnu. Dans la vie, nous avons tous des tempêtes à affronter, des pôles à explorer, et métaphoriquement du moins, nous pourrions tous tirer profit du fait de sortir de chez nous un peu plus souvent, si seulement nous pouvions trouver le courage de le faire.

Je voudrais vraiment vous inciter à entrouvrir la porte et à regarder ce qui se passe dehors.

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